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Après Poile et Nill, voici Cheveldayoff… vs Bergevin

Le marché de Montréal étant ce qu’il est, submergé par l’ardente passion de ses légions de partisans, on ne rate jamais une occasion de comparer le Canadien à une telle équipe, ou encore le DG de cette même équipe à Marc Bergevin…

Après l’avoir comparé à David Poile, l’année dernière, qui a atteint la grande Finale, après 18 campagnes à la tête des Predators… pour simplifier l’exercice, laissons de côté ses 15 années avec les Capitals… Ayant hérité d’une franchise d’expansion – loin d’avoir profité des conditions (très) favorables accordées à McPhee et ses Knights -, on peut également passer outre ses 5 exclusions des séries à ses 5 premières années. Tout de même, après 18 ans – 19 maintenant -, il devait bien finir par gagner quelques rondes de séries, tôt ou tard… On le compare maintenant au DG des Jets, dont l’équipe de gros bonhommes talentueux connait actuellement beaucoup de succès.

On pourrait justement dresser des parallèles entre les Predators et les Jets… ces derniers étant dans la LNH depuis 18 ans, en tenant compte de la campagne en cours, via des Trashers d’Atlanta arrivés un an après la franchise de Nashville, toujours avec des conditions beaucoup plus restrictives que celles dont ont bénéficié les dirigeants de la franchise du Nevada. Cela dit, Kevin Cheveldayoff est devenu le DG de cette concession uniquement lorsque celle-ci a déménagée à Winnipeg, c’est-à-dire pour la saison 2011-12. En 7 campagnes depuis, les Jets ont participé aux séries à seulement 2 reprises, en incluant les éliminatoires actuellement en cours. Dans tout ça, en 7 ans, ils ont jusqu’à présent remporté une seule ronde (en éliminant le Wild, il y a quelques jours de cela). Ça en fera 2, s’ils parviennent à passer les Preds au terme de cet excitant duel qui les oppose. Et, même s’ils devaient remporter la coupe Stanley – ce que je leur souhaite, pour que ce précieux trophée revienne enfin au Canada -, repêcher 4 fois dans le top10 en 7 ans est quelque chose qui peut « légèrement » aider une équipe à ajouter un brin de talent à sa formation… Scheifele (7e, 2011), Trouba (9e, 2012), Ehlers (9e, 2014), Laine (2e, 2016)… Ça change pas le monde, sauf que… ça change le visage d’une équipe de hockey.

Bien sûr, on ne peut pas nier le bon travail de Cheveldayoff pour compléter sa formation et ajouter les morceaux importants, pièces nécessaires pour former un tout compétitif… on peut entre autres penser aux transactions Evander Kane (Myers, Stafford, Armia, Lemieux, 1ere ronde 2015 STL → Jack Roslovic) et Andrew Ladd (Dano, 1ere ronde 2016, par la suite échangé pour celui de PHI →Logan Stanley, choix conditionnel 2018). Ajouter 2 sélections de 1er tour en 2 ans, c’est très bien….  On peut également parler de l’acquisition récente du joueur de location, Paul Stastny, comme étant un bon coup… avec 11 points et un différentiel de +9 en 10 joutes éliminatoires, on peut dire que ce dernier connait d’excellents moments…. Sauf qu’avec le fait de rater fréquemment les séries, vient aussi l’opportunité de monnayer des éléments… On l’a vu à Montréal, avec les transactions Weise (Danault, 2e ronde) et Plekanec (Rychel, Valiev, 2e ronde)… et d’accumuler des pièces pour ultimement aller chercher du renfort… On l’a également vu, lorsque Bergevin a cueilli Vanek, puis Petry… Bien sûr, la période des transactions de la saison 2016-17, avec des Martinsen et autres King, est à oublier… mais tous les DG passent par là… on pourrait parler des mauvais coups récents de Bowman, pourtant triple-champion de la coupe… 

Cela dit, depuis son arrivée à Montréal, Marc Bergevin n’a bénéficié qu’à seulement 2 reprises d’un choix top 10 – il aura sa 3e occasion en juin, à moins d’une transaction, bien sûr…-, desquels, il a sélectionné Alex Galchenyuk (3e) et Mikhail Sergachev (9e) transigé pour Jonathan Drouin (3e). En 2012, il aurait peut-être pu prendre Forsberg, mais il faut lui donner que celui-ci avait beaucoup chuté au classement, et que Galchenyuk était alors considéré comme un centre… une denrée rare à Montréal, je ne vous apprends rien. C’est pratique de repêcher un centre pour le faire jouer à l’aile, pour ensuite obtenir les services d’un ailier afin de le muter au centre… En ce qui concerne Sergachev, je ne vois pas qui il aurait pu choisir d’autre à ce rang, mais ce n’est pas le sujet… il s’agit simplement de démontrer combien un choix top10 peut rapidement améliorer une équipe. Jonathan Drouin et Alex Galchenyuk sont, sans conteste, les deux attaquants les plus talentueux du Tricolore. Ajoutons un Zadina (ou un Svechnikov, please) à tout ça, et on obtient sans aucun doute un beau top 3… Le hic, c’est qu’à Montréal on n’est pas près d’accepter de voir l’équipe participer aux séries seulement 2 fois en 7 ans… Imaginez, Bergevin voit son club manquer le rendez-vous pour la 2e fois seulement, en 6 campagnes à la barre de l’équipe, et on voudrait déjà le lyncher…

Alors, je vous en prie, si vous voulez critiquer Bergevin, faites-le… mais ne le comparez pas à des DG qui ont eu des parcours, des paramètres et des conditions autrement différents… Je lève mon chapeau à Cheveldayoff qui a accompli toute une besogne à Winnipeg, mais la vérité est qu’il n’aurait jamais pu rater les séries 5 fois en 6 ans, étant alors éliminé en 1ere ronde à sa seule participation, et conserver son travail dans le dur marché qu’est celui de Montréal… Il est un excellent DG mais il évolue dans un environnement complètement différent.

On pourrait également parler de Nill, qui est un génie pour avoir soutirer Radulov à Bergevin, et qui rate les séries pour la 3e fois en seulement 5 ans à la barre des Stars. Drôle comment ce génie qui multiplie pourtant les gros coups, échoue si souvent, quand même… Oui, oui, la conférence de l’Ouest est plus dure, etc, etc… mais, au final, le résultat est le même : pas de séries, pas de coupe. Sauf que, à Dallas, comme à Nashville, tout en passant par Winnipeg, on est capable d’accepter l’idée que pour gagner, il faut parfois se résigner à d’abord perdre.

Est-ce que Bergevin aurait fait mieux et eu plus de succès à la tête d’une ou l’autre de ces équipes ? Je ne vois pas comment. Cependant, il aurait bénéficié de meilleures conditions pour injecter des grosses doses de talent. C’est-à-dire qu’on lui aurait accordé le droit d’échouer pour repêcher plus haut et reconstruire correctement. Maintenant, est-ce que ces DG, mentionnés plus haut, auraient fait mieux, sous les mêmes conditions, que Bergevin à Montréal ? Pour les mêmes raisons, soulevées plus haut dans ce texte, c’est-à-dire des paramètres désavantageux où on doit absolument gagner tout de suite et maintenant… peut-être, mais je ne vois pas beaucoup comment. Par exemple, j’imagine mal les Bruins transiger Tyler Séguin à Jim Nill si celui-ci était à la tête du Canadien…

Enfin, pour terminer, j’aimerais simplement ajouter ceci à ceux qui prétendent que Bergevin est toujours en poste en raison de son salaire élevé (?!) : Êtes-vous conscient que le Tricolore est indéniablement l’une des franchises les plus rentables du circuit Bettman ? (?!) … Si Molson n’avait plus foi en son homme, il lui aurait montré la porte et aurait sorti les 2 ou 3M nécessaires à payer son successeur sans même y penser. À moins que vous pensiez que, pour « économiser » sur le salaire de son DG, il préfère voir son aréna se vider et ses profits continuer de diminuer, alors qu’il ne croit pas en ce dernier…

Cela dit, si – avec toutes les cartes dont il dispose actuellement en main – Bergevin devait connaître un été désastreux et une saison de misère, je m’attends à ce que le Président le limoge… sans même prêter attention à son salaire… et peut-être que son successeur fera mieux… mais, comme tous ses prédécesseurs, il n’aura pas le droit à l’erreur.

Oui, Marc Bergevin a fait des erreurs, mais il s’est ensuite engagé dans la bonne voie afin de corriger le tir. D’abord en virant Lefebvre – sans aucune intention de manquer de respect à l’homme, je n’ai jamais compris pourquoi on lui avait confié ce rôle important auprès des jeunes… ni pourquoi on lui a octroyé une prolongation de contrat l’été dernier -, ensuite en amenant Ducharme à Montréal. Puis, en étant vraisemblablement sur le point d’ajouter Bouchard à l’équation. En plus de se montrer plus transparent et – me dit-on – d’avoir tâté le pouls pour des pions importants comme Tourigny, Vincent et quelques autres bonnes têtes de hockey. N’oublions pas qu’il manque, entre autres, toujours le successeur à JJ Daigneault…


Crédit image entête, AFP via TVA Sports 

Tom L.D. MacAingeal
 

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Stephan - mai 7, 2018

Félicitations très très bonne article ,je suis tout à fait d’accord avec toi .le problème Montréal

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Bergevin : Avant/Après | Hockey Herald - juillet 10, 2018

[…] Après Poile et Nill, voici Cheveldayoff… vs Bergevin […]

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Merci, M.Molson | Hockey Herald - août 16, 2018

[…] Après Poile et Nill, voici Cheveldayoff… vs Bergevin […]

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