Les zèbres, les nouveaux rois de la jungle

Je l’ai déjà dit à quelques reprises, mais je suis une personne qui consacre sa vie à plaire à tout le monde. La quasi-totalité de ma vie, je la passe à éviter les conflits. Oh, vous savez, nous avons tous nos rêves quelque peu farfelus : voler, être éternel ou voir les Maple Leafs remporter la Coupe Stanley. Le mien est que tout le monde m’aime.

Même si la vie a tôt fait de m’apprendre que, à force de vouloir rentrer dans le moule, on finit par ressembler à une tarte. De toute façon, nous ne pouvons pas plaire à tout le monde; nous ne sommes pas du chocolat! Alors, en gardant en tête la perspective que des gens vont se plaindre de toute façon, aussi bien le faire en restant soi-même, car la vie n’est pas une partie de Super Mario… Nous n’avons pas trois vies. Nous n’en avons qu’une, alors essayons de ne pas attraper trop de champignons en visant les étoiles.



… Ouin, un peu à retravailler…

Cette volonté de plaire à la totalité de la population en sachant pertinemment bien que certaines personnes vouent leur vie à se plaindre de tout, juste pour le plaisir de la chose…

Je sais, j’en ai trois de ce modèle à la maison haha.

Cette mentalité oscillant entre la naïveté et la dévotion entraîne des répercussions énormes sur ma vie de tous les jours. Par exemple, il y a des métiers que je n’exercerai jamais, car je sais que ces métiers suscitent beaucoup trop de réactions négatives. Dans cette catégorie, je pourrais nommer: les huissiers, les souris vertes?

Je ne sais pas si elles portent partout ce sobriquet, mais à Sherbrooke, les employés en charge de donner des contraventions relatives aux parcomètres portaient jadis un uniforme vert et s’acquittaient de leur besogne discrètement comme des souris, d’où leur surnom.

Je pourrais aussi nommer les préposés aux prises de sang au C.H.U. Sainte-Justine. Jadis, ma grande a dû séjourner à cet hôpital. Chaque matin, des employés étaient en charge de prélever des échantillons sanguins aux enfants. Dans l’embrasure de chaque chambre, ces anges certainement pas reconnus à leur juste valeur, recevaient le même accueil : cris, pleurs, hystérie…

Oui, identique à l’ouverture des portes lors d’un Boxing Day…

Néanmoins, ces personnes qui passaient leurs journées, leurs semaines, leurs mois, leurs années et leur carrière à se faire invectiver par des enfants terrifiés et à côtoyer de façon permanente la souffrance et la maladie s’acquittaient de leurs tâches avec coeur et don de soi. Ces personnes jouissent de mon admiration éternelle.

Dans la catégorie des métiers mal-aimés, je ne peux passer sous le silence celui d’arbitre… Peu importe le sport, peu importe la catégorie et, dans le panier, j’inclus autant : les joueurs, les entraîneurs, les parents, les spectateurs et, lorsqu’il s’agit d’un sport médiatisé, les partisans… Il y en a des millions! Néanmoins, sans les arbitres, j’ai du mal à croire que les matchs pourraient avoir lieu.



Honnêtement, j’ai été arbitre et j’ai aussi été entraîneur. Pour faire histoire courte, j’ai arbitré seulement deux matchs. J’en ai eu plus qu’assez. Imaginez un jeune homme anxieux qui veut plaire à tout le monde en charge de faire appliquer les règlements. C’est exactement ça. Ce fut un bordel sans nom. Par la suite, j’ai filtré les appels du responsable de l’arbitrage. Lorsque j’étais entraîneur et que, par la force des choses, aucun officiel n’était disponible, les deux entraîneurs devaient officier la moitié de la rencontre. Pouvez-vous imaginer cette façon de faire en finale de la Coupe Stanley? Moi aussi, mais juste dans un film de Walt Disney. Malheureusement, la vie n’est pas un conte de fées. Si tu as perdu ton soulier passé minuit, tu es probablement juste saoule….et dans ce cas aussi, il vaut mieux d’éviter les champignons en visant les étoiles, si vous voulez avoir un teint de Peach, le lendemain.

Imaginez passer une vie à vous intéresser un sport, en apprendre chaque règlement, chaque subtilité et chaque exception. Imaginez suivre de façon régulière des formations avec des évaluations à la fin de chacune d’entre elles. Imaginez devoir franchir des centaines, voire des milliers de kilomètres dans le cas des ligues professionnelles. Imaginez, de façon constante, vous attirer les foudres et les méchancetés des foules. Encore dans le cas des ligues les plus prestigieuses du monde, on peut en compter des millions d’insatisfaits. Imaginez tout ça, et fort probablement des tonnes d’autres désagréments pour, au final, n’avoir que des rétroactions négatives. Ah non? Vous avez souvent entendu dire : Bien vu, monsieur l’arbitre, je méritais vraiment cette pénalité! Moi non plus!

Honnêtement, j’ai trois enfants. Peut-être est-ce parce que j’accorde trop d’attention à mon téléphone cellulaire, mais il arrive chaque jour que mes enfants « m’en passent une petite vite ». Si j’ai le malheur de détourner le regard, même si c’est pour une raison on-ne-peut-plus légitime, chaque fois, c’est le même modus operandi, la maison devient tranquille… C’est tranquille, trop tranquille. À ce moment, il est souvent trop tard. Il ne me reste plus qu’à trouver le ou la coupable et constater l’ampleur des dégâts. Maintenant, imaginez : les arbitres, peu importe le nombre qu’ils sont, doivent veiller sur dix joueurs et deux gardiens de but…

Rappelez-vous de Ron Hextall ou Aaron Dell. Ces derniers qui ne sont pas les seuls auraient eu, eux aussi, besoin d’un arbitre, mais dans une période où les cerbères se font malmener et chahuter comme des poches de patates, peut-on les blâmer? Plus encore, moi, comme je vous l’ai dit, chaque jour les enfants arrivent à me jouer des tours. On s’entend, ce n’est pas chaque fois la fin du monde. Dans le cas des arbitres, chaque appel manqué peut entraîner de lourdes conséquences. Inversement, chaque décision dite abusive peut aussi entraîner de graves conséquences…

Parlez-en aux partisans des Nordiques et Kerry Fraser…



Plus encore, je me souviens d’une citation de Jacques Plante, le célèbre gardien de but initialement du Canadien, qui a dit : » Comment aimeriez-vous un emploi où, chaque fois où vous faites une erreur, une sirène rouge s’allume et retentit pendant que des milliers de spectateurs vous huent? » Le fait est que, quand un gardien de but fait un arrêt, il y a toujours au moins une portion de partisans qui est satisfaite. Dans le cas de l’arbitre, pour chaque décision, il y a un mécontent…. même quand il ne siffle pas, il y a tout de même des mécontents!

Toutefois, une question s’impose? Qu’est-ce que ça prend pour devenir arbitre? Visiblement, si on est un conducteur de Zamboni avec un brin de chance, on peut défendre la cage d’une formation de la LNH, mais qu’en est-il des officiels et des juges de ligne?

Dans le cas de Hockey Québec, qui est membre de Hockey Canada, applique sur son territoire le programme national de certification des officiels. Ce programme est décliné en six niveaux…

C’est beaucoup plus que bien des pokémons…

Les trois premiers niveaux sont du ressort des comités régionaux et varient en fonction du calibre de jeu et des ligues où l’officiel veut faire appliquer les règlements. Les formations de niveau un comportent quatre heures de formation théorique et quatre heures de formation pratique. Les formations de niveau deux et trois doivent durer minimalement huit heures, et chaque niveau se solde par un examen écrit…

J’espère que les millions de gérants d’estrades qui feraient mieux que les arbitres en place ont bien saisi le sérieux de la formation imposée… Et si le poste vous intéresse toujours, je laisserai l’adresse internet de Hockey Québec où vous pourrez trouver toutes les informations relatives à la formation des arbitres, car, comme dans toute sphère du marché de l’emploi, il manque cruellement d’arbitres. Ce serait dommage de se priver du talent de tous ceux qui feraient mieux que ceux sur la glace.



Généralement, les deux premiers niveaux permettent d’officier à l’intérieur de règles récréatives tandis que le troisième niveau permet d’arbitrer au sein de ligues régionales compétitives ou communément appelées les doubles lettres. Vous voyez, on n’est qu’à la moitié du cursus et déjà il y a des exceptions et des subtilités?

Honnêtement, j’ai voulu enseigner le français, dans une école secondaire, et ce qui me donnait envie de pleurer devant un film pendant que j’engloutis un baril de crème glacée est sûrement les millions d’exceptions et de règles à usage unique. Selon l’avis de plusieurs, la langue française est une des plus complexes à maîtriser en raison de ces usages illogiques mais qui tiennent souvent leur raison d’être dans leur racine étymologique ou dans une vétuste règle de grammaire qu’on a oublié de jeter, comme les légumes flétris qui sont oubliés dans le fond du réfrigérateur. Un jour, on les trouve et on se dit : »Mais pourquoi il est là? » Et la seule réponse qui vient est « Parce que… » Dans le cadre des réglements du hockey, il y a une partie du problème qui complique le travail des arbitres. Pourquoi dans une ligue ce règlement s’applique, mais pas dans l’autre ligue? Parce que… En même temps, je sais que chaque distinction a sa raison d’être, mais essayez de l’expliquer au joueur… Ou aux parents des joueurs… À qui une pénalité vient possiblement de coûter le match. Ou tentez de l’expliquer aux parents furieux qui ont deux enfants dans deux équipes différentes donc de qui les enfants ne sont pas sujets au même code de conduite.

En ce qui a trait aux niveaux quatre et cinq, c’est Hockey Québec qui gère ces formations. Suite à la passation de cette formation, car chaque cursus est composé d’une partie théorique, d’une partie pratique et ultimement d’un examen écrit, le juge de ligne ou l’arbitre pourra officier dans une ligue de compétence provinciale, comme la L.H.J.M.Q. Pour ce qui est du sixième niveau, un peu le Bowser du cheminement, c’est Hockey Canada qui chapeaute ce cours et, suite à la réussite de cette formation, l’arbitre pourra officier lors de compétitions nationales et internationales.

Je sais que je suis lassant à force de me répéter, mais comme l’aurais dit un politicien connu… J’ai les deux mains sur le volant… Ou plutôt les deux doigts sur le clavier. Farces à part, pour avoir déjà essayé d’arbitrer, et pour dévorer des dizaines (centaines, avec ceux à la télévision?) De matchs par année, depuis 35 ans, je n’ai presque jamais entendu aucun commentaire positif sur l’arbitrage. Vous avez vu tout ce que ça représente? Juste la moitié du cursus est de 24 heures, soit minimalement huit heures par bloc. J’aimerais qu’on apprécie plus « nos zèbres ». En même temps, c’est tout bonnement impossible. Si j’encourage une équipe, je ne peux me réjouir des pénalités qu’elle reçoit. Inversement, c’est difficile d’être déçu, lorsque « mon » équipe se voit accorder une (double) supériorité numérique. Comme je répète souvent à mes enfants : »On ne pourra jamais contenter l’incontentable. Avec cette idée en tête, aussi bien faire du mieux qu’on peut, car c’est impossible de plaire à tout le monde… Car on n’est pas un samedi ensoleillé!



Encore là, je vais m’en confesser, mais j’ai déjà travaillé dans un bar laitier. La job de rêve, vous dites!? Selon plusieurs, oui, clairement. C’est full chill hippi di hop dans le shake’n’bake. Cependant, j’étais tellement mauvais, tellement que ça m’angoissait jusque chez moi de faire un cornet. J’étais donc tellement heureux quand il pleuvait, car personne ne voulait une « molle » dans ce temps-là. Voyez-vous à quel point c’est impossible de plaire à tout le monde? Je vous rassure, je ne suis pas resté là plus d’un mois.

Toujours dans l’optique de valoriser nos arbitres… Sans qui, je le rappelle, il n’y aurait pas de match. Quoique je paierais cher pour voir un match officié par Patrick Roy, puis par John Tortorella. Ce serait pour le moins divertissant, mais pas très professionnel. Ça pourrait ressembler, en présence de deux entraîneurs bouillants, à un gala de lutte au centre Paul-Sauvé.

… Tiens, v’la des billets!

Je disais donc que, avant de m’égarer comme dans chacun de mes textes, que je voulais rendre hommage à trois arbitres et juges de ligne québécois : Jonny Murray de Beauport qui agira comme juge de ligne au cours de la finale de la Coupe Stanley, Eric Furlatt de Trois-Rivières et Frédérick L’Écuyer qui ont officié lors de matchs de finale de conférence. Lorsque le talent d’ici s’exporte lors des plus importants rendez-vous télévisuels, c’est toute l’organisation d’où ils viennent qui rayonne.

En guise de suggestion pour pallier ce manque de reconnaissance: en 2003, sur la couverture du jeu Pro Evolution Soccer 3, il y avait… Un arbitre! En effet, Pierluigi Collina est probablement l’arbitre le plus respecté de l’histoire du soccer, à un point tel qu’il fut affiché sur la couverture d’un jeu vidéo avec son autographe, comme un joueur vedette. Et si on lançait des éditions spéciales avec Wes Macauley, Ron Fournier… Ou Kerry Fraser?

« Deux minutes de pénalité pour avoir dit des niaiseries! »

Bien dit, je la méritais vraiment, depuis le temps où je dis n’importe quoi!

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En Prolongation

Je m’excuse… Avez-vous vos cartes?


Crédit image entête, YouTube.com

Sources:

https://www.cidj.com/metiers/arbitre#:~:text=%C3%89tudes%20%2F%20Formation%20pour%20devenir%20Arbitre&text=Pour%20%C3%AAtre%20arbitre%20b%C3%A9n%C3%A9vole%20dans,formation%20sanctionn%C3%A9e%20par%20un%20examen.

http://officiels.hockey.qc.ca/fr/page/formation.html

https://www.afriquesports.net/vie-apres-carriere/que-devient-pierluigi-collina-larbitre-le-plus-celebre-et-le-plus-respecte-de-lhistoire

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Wes_McCauley

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Ron_Fournier

 

David Leboeuf
 

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