Le Tricolore en finale, comme un plaster sur un bobo…

Jeudi soir, encore plus que quand tout le Québec passe à l’heure d’été, j’ai l’impression que toute la province était synchronisée et vibrait au même diapason. J’ai réellement l’impression que le temps s’est arrêté, et que tout l’univers québécois tournait autour de l’énième chapitre de la glorieuse épopée des chevaliers au CH brodé. Bon, je fais comme une commande au comptoir d’un restaurant. Je m’emporte.

Toujours est-il que, au cours de cette partie qui s’est soldée de la façon la plus dramatique qui soit, en surtemps, j’ai le vif sentiment que toute la province, lors de la St-Jean de surcroît, était unie et liée autour d’un objectif commun : accéder à la première finale de la Coupe Stanley, en 28 ans.

Ce n’est pas un secret pour personne, les derniers mois… La dernière année et demie… n’a vraiment pas été simple. Beaucoup de Québécois ont perdu leur emploi, d’innombrables familles se sont divisées, bien des individus sont restées reclus, on a manqué bien des occasions de rassemblements et propices à fêter, bien des rêves ont été mis sur la glace, comme une Corona.



Excusez-la, elle était trop facile… Si vous ne la digérez pas, essayez avec de la lime…. c’est bon, je change de sujet.

Tous ces exemples trouvés sans trop me creuser les méninges démontrent à quel point la belle province, à l’instar du reste du monde, a traversé une période creuse où les moments de réjouissance étaient rares.

Jumelée à un déconfinement progressif à la grandeur de notre beau coin de pays, ce qui n’est pas étranger à un état d’esprit optimiste et propice aux célébrations, la victoire d’hier a permis à des milliers… Ou des millions? De Québécois d’exploser de joie et par la force des choses de se trouver ralliés derrière un but commun.

Les images ont enflammé la Toile et ont fait le tour du monde, en moins de temps qu’il ne faut à Cole Caufield pour faire ravaler ses paroles à un gardien trop confiant, absolument tout le monde au Centre Bell qui explose de joie: Marc Bergevin qui saute de joie, tous les 3500 spectateurs qui sautent dans un moment d’euphorie pure. Pour ceux qui ne l’ont pas vu, ça ressemblait au jeu « Perfection », quand toutes les petites formes jaillissent en même temps. Boum, Lehkonen envoie l’outrecuidante équipe du Nevada en vacances.

Sur un des vidéos qui ont circulé plus vite qu’une rumeur, on voit que même la personne en charge de l’orgue du Centre Bell était tellement en liesse qu’elle avait oublié de faire jouer la chanson prévue en cas de but. On va longtemps revoir les joueurs du Canadien qui bondissent hors du banc, exactement au même moment. Un peu comme un Pepsi trop brassé. Tout le contenu du banc a jailli et s’est dispersé sur la glace. Et que dire de l’accolade sincère de Marc Bergevin à Carey Price? Ne venez pas me faire croire que ce n’est qu’une question d’affaires et de travail. Tout le groupe, de la glace jusqu’à la plus haute tour à bureau, tout le monde semble solidaire et tenir sincèrement l’un à l’autre.



Le monde entier, pas seulement chez nous, on a pu voir Carey Price devenir émotif à travers le grillage de son masque, lui qui est tellement en contrôle. Moi, je suis une personne tellement anxieuse, souvent pour rien, et lui semble si souvent blasé et détendu, lorsqu’il affronte les meilleurs joueurs de hockey au monde. Être aussi calme, dans un moment si intense, c’est honnêtement suspect. Quel est son secret? Comme celui de la Caramilk, on ne le saura jamais, mais, après cette partie si importante, on avait pu voir qu’il était lui aussi émotif. C’était touchant à voir.

Ceci dit, en ce sens, j’ai personnellement beaucoup apprécié que le directeur-général insiste pour que tout le monde prenne place, pour la protocolaire photo d’équipe autour du trophée Campbell, le seul que l’équipe montréalaise n’avait jamais gagné.



Pour résumer, que ce soit: dans les restaurants, dans les grandes villes jusque dans ma petite campagne nichée dans les montagnes, au Centre Bell, dans les voitures grâce à la diffusion radiophonique, partout où il y avait un téléviseur ou un moyen de suivre le match, partout au Québec, les partisans ont exulté de joie aux mêmes moments clés. Le temps d’une soirée, des millions d’individus qui ne se sont jamais vus ont vécu : la même joie, le même stress, la même fierté et les mêmes interrogations en même temps, pareil comme quand l’enregistreur télé n’existait pas encore, quand il fallait absolument être devant sa télévision au moment exact de la diffusion.

Lorsque les séries éliminatoires ont débuté, bien peu de partisans donnaient cher de la peau du Canadien, moi le premier. C’est comme si tout le Québec avait commencé à suivre les séries impliquant l’équipe du Québec et les puissants Leafs en se disant : »Bon ben on va suivre cette série, pendant le temps que ça va durer… »

Lorsque le Canadien était mené par le compte de trois victoires à une, dont une défaite au compte de quatre à zéro, je crois que bien des téléspectateurs ont commencé à chercher d’autres séries télévisées à écouter. Puis, vous connaissez la suite de l’histoire : l’équipe qui, selon beaucoup d’experts du monde du hockey ne gagnerait jamais un seul match contre les canons torontois a renversé la vapeur jusqu’à éliminer un des plus sérieux prétendants à la Coupe. À cet instant, le Canadien venait de semer un doute dans la tête de bien des gens et un peu d’espoir dans l’esprit de bien des partisans.

Puis, le balayage des Jets de Winnipeg qui venaient de balayer les Oilers d’Edmonton a vraiment écarquillé bien des yeux. Je vous en ai parlé, c’est à ce moment que je me suis demandé : est-ce qu’on peut sincèrement penser que le Canadien peut prétendre à la Coupe Stanley?



« Ouin, mais la division canadienne est beaucoup plus faible! Attendez de voir, contre les Golden Knights! » Puis, même le preux chevalier doré est tombé de sa monture clinquante et pimpante, lorsque le « pauvre petit » Canadien est foncé droit dessus sans aucun complexe.

J’ai le pressentiment que chaque victoire ralliait de nouveaux fans. Chaque but semait un peu plus de joie, un peu d’espoir, deux choses précieuses dont tout le monde a cruellement manqué depuis si longtemps. Depuis environ dix-huit mois, les moments de réjouissance sont proscrits et on essaie de ne pas trop rêver, de peur que le ballon qu’on se gonfle nous explose au visage.

Dans les dernières semaines, en grande partie grâce au Canadien, mais aussi grâce au déconfinement qui laisse enfin miroiter un avenir un peu plus clément et pas dans quelques années, mais immédiatement, là, maintenant. Aujourd’hui, enfin, on peut recommencer à voir les gens qu’on aime… Pour regarder le tricolore qui soulève les passions et déchaîne les souvenirs les plus émotifs et nostalgiques.

Ces deux ingrédients, les succès du CH et le retour vers un semblant de normalité, ont laissé place à tellement de joie et de célébrations. Il ne fallait qu’une étincelle, pour laisser le tout exploser.

« ….Et voici Lehkonen qui coooooompteeeee! »



Pouf, le couvercle du chaudron qu’est le Québec fut éjecté et d’après moi, il a tellement sauté vivement qu’il a dû accrocher la lune…

Je ne me souviens plus si je vous l’ai dit, mais dans la vie de tous les jours je suis assistant-gérant, dans un dépanneur, et aujourd’hui, tout le monde semblait avoir écouté le match. Dès que mes livreurs de bière arrivaient, c’était la première chose dont on parlait. Le traditionnel « hey, bon matin! » Avait laissé sa place à un « Non, mais as-tu vu le match, hier? » Puis, tous les deux, on revivait ce moment historique dont on parlera pour le reste de nos jours. Et ce scénario se répéta avec de nombreux clients. Tout le monde semblait avoir écouté ce match.

Si, depuis plus de trente ans, on parle du match tumultueux impliquant les Canadiens et les Nordiques survenu un vendredi saint, je crois qu’on parlera au même titre de la partie de la St-Jean-Baptiste. Moi, je travaille dans un commerce achalandé, mais je suis persuadé que ce fut pareil partout au Québec, et c’est si cette joie n’a pas dépassé les frontières québécoises. Cette victoire, comme le reste des succès en séries éliminatoires a installé un climat de réjouissance, de solidarité et de fierté, partout au Québec.

Après tellement de jours, de semaines et de mois où le Québec mange son pain noir, après une si longue période où l’industrie est meurtrie, voire morte ou agonisante, ces succès en après-saison sont exactement comme un plaster, un baume, un réconfort sur une plaie béante, mais savez-vous quoi? On va le prendre ce plaster.



Ça fait si longtemps qu’on reste loin des uns des autres, tant physiquement qu’émotionnellement, car nous restions tous reclus dans nos cocons respectifs, que je suis ravi de voir cette épopée inespérée qui rallie (presque) tous les Québécois et qui amène enfin un peu de positif, tant collectivement que pour les commerces qui en ont bavé.

Chers amis, cher lectorat, je vous l’ai dit et je le répète… Ça sent la Coupe! Au plaisir de nous revoir, dans un quelconque amphithéâtre. Si on se croise: dans la rue, à mon travail ou dans un commerce x ou y, ça me fera plaisir de vous parler de hockey, car c’est ça le hockey : l’écharpe qui nous tient tous ensemble avec le cœur au chaud.

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En Prolongation

Les Zarbitres et le LNH !




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Crédit image entête, THE CANADIAN PRESS/Ryan Remiorz



David Leboeuf
 

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