Ottawa/Montréal, ou la gestion du dossier des capitaines

Il y a deux jours, pendant que plusieurs partisans du Canadien étaient toujours en train de pleurer le départ de Max Pacioretty, Erik Karlsson prenait la route de la Californie. Un peu comme ce fut le cas avec le capitaine du Tricolore, celui des Sens a affirmé qu’il n’avait jamais voulu partir… De ce qu’on peut comprendre, c’est Dorion – lire Melnyk – qui s’est tout simplement montré trop pingre. Apparemment, le 1er juillet dernier, Ottawa aurait déposé une offre ne contenant aucun boni à son arrière étoile, ainsi qu’un montant jugé insatisfaisant, et ça s’est terminé là. Il faut mentionner que Karlsson a la ferme intention de devenir l’arrière le mieux payé du Circuit Bettman. Si je ne m’abuse, c’est ce que Doughty et lui ont avancé, peu après la signature du contrat de PK Subban, il y a quelques années.


Bref, pour en revenir à Karlsson et Pacioretty, en plus d’être tous les deux capitaines, et avoir clamé qu’ils désiraient rester, il s’agit donc d’un autre parallèle – c’est-à-dire les négociations contractuelles inexistantes – à dresser entre ces deux joueurs, devenus indésirables chez les leurs. Là où ça se gâte, c’est sur le retour obtenu. Je me permets de croire que nous pouvons établir un consensus sur le fait que la valeur de Karlsson devait être beaucoup plus élevée que celle de Pacioretty.

Pourtant, quand je regarde le retour obtenu pour le double lauréat du trophée Norris (2011-12, 2014-15), je ne suis pas sûr que les Sens ont conclu une si bonne affaire… Évidemment, seul le temps pourra nous permettre de vraiment juger le retour. En attendant, on peut quand même se pencher sur ce qu’on sait des morceaux obtenus…

Commençons par Chris Tierney, vu par plusieurs comme un bon petit centre two-way, pouvant offrir une production similaire à celle de Philipp Danault (40 points). J’ai lu certains rapports qui décrivait Tierney comme un joueur de 4e trio… à mon avis, il s’agit d’une évaluation trop sévère. À Ottawa, vu les circonstances, c’est-à-dire le départ de Brassard et la blessure de Pageau, le nouveau-venu devrait bénéficier d’un temps de glace conséquent. Profitant de ce fait et de meilleurs ailiers (Tkachuk et Dzingel ?), Tierney devrait être en mesure de dépanner sa nouvelle équipe. N’oublions pas qu’il vient d’avoir 24 ans et qu’il pourrait encore surprendre… Après tout, on parle d’un joueur qui travaille fort et qui se tient loin du banc des pénalités. Avec un contrat de 2 ans à un peu moins de 3M par saison, il demeure une pièce intéressante.

En ce qui concerne DeMelo, un défenseur qui tire de la droite, il n’y a pas grand chose à dire, sinon que plusieurs le voit comme un bon arrière fiable… de 3e paire… Ok, il vient tout juste d’obtenir 20 passes (aucun but) en seulement 63 matchs, tout en se débrouillant dans sa zone, mais je doute qu’on se rappelle beaucoup de lui dans quelques années. Une fois parvenu en séries, d’ailleurs, Dylan DeMelo n’a pu produire plus qu’une maigre passe en 10 joutes. Par contre, tout comme ce sera le cas pour Tierney, le défenseur de 25 ans devrait avoir l’occasion de mettre à profit un temps de glace accru, lui qui était limité à un peu plus de 14min par match avec les Sharks. Alors, qui sait si DeMelo ne pourrait pas lui aussi nous surprendre… Il écoulera également un pacte de 2 ans à 900 000 par saison. Melnyk doit être content, son porte-feuille est en sécurité.

À ces deux-là, il faut ajouter l’espoir Rudolfs Balcers, et l’obtention des droits de Joshua Norris (Obtenir un Norris pour un vainqueur du Norris, il faut le faire !). Pierre Dorion estime qu’en Balcers il a mis la main sur le meilleur espoir – de la LAH, on s’entend – des Sharks. Comme plusieurs, j’estime que c’est le second qui a le plus de potentiel… Il faut dire que Josh Norris est un choix de 1ere ronde, 17e au total, à l’encan 2017. Évoluant dans le Big Ten, le centre de 19 ans (depuis le 5 mai) a cumulé 23 points en 37 matchs avec l’Université du Michigan. Il était l’un des plus jeunes joueurs de sa formation, devant un certain Quinn Hughes, hehe. On compare son style à celui de Ryan O’Reilly. Cependant, à mon humble avis, il est loin du niveau de Nick Suzuki, obtenu par le Canadien en retour de Max Pacioretty. Les recruteurs sont unanimes : Suzuki évoluera sur le top6, avant longtemps… C’est plus nébuleux pour le nouvel espoir des O’s. Certains recruteurs voient en Norris un bon 2e centre en devenir, tandis que d’autres estiment qu’il sera au mieux un 3e centre. On verra !

Pour en revenir à Balcers, il s’agit tout de même d’une belle surprise… lointain choix des Sharks au repêchage de 2015 (5e ronde, 142e au total), le Letton a très bien fait à sa première année chez les pros, amassant 48 points, dont 23 buts, en 67 matchs avec le Barracuda, dans la Ligue américaine. Le nouvelle ailier des Senateurs s’est également bien débrouillé au dernier Championnat du monde de hockey, alors qu’il marquait 4 buts et totalisait 6 points en 8 matchs avec la Lettonie. Le tout, sous l’égide du bon vieux Bob Hartley.

Je vous parlais de Hughes, un peu plus tôt… Suite à la transaction de Karlsson, l’Avalanche devient l’équipe avec le plus de chances de mettre le frère surdoué de celui-ci, Jack Hughes, au prochain repêchage…

Eh oui, comme vous le savez déjà tous, le choix de 1ere ronde 2019 des Sens appartient au Colorado, suite à l’échange qui amenait Duchene à Kanata… Et, n’est-ce pas qu’il y a quelque chose d’un brin captivant à voir les Senateurs obtenir moins pour Karlsson que ce qu’ils ont payé pour Matt Duchene ?



Certes, Dorion a pris soin d’ajouter quelques choix, en soutirant des sélections de 1er et 2e tour, ainsi qu’un autre choix conditionnel… En fait, il y a deux choix conditionnels, mais il est impossible d’obtenir les deux :

Si les Requins s’entendent avec leur nouvelle acquisition, ils devront en effet céder un autre choix de 2e ronde – qui pourrait en devenir un de 1ere ronde, si San Jose atteint la prochaine Finale de la Coupe Stanley -, ou un autre choix de 1ere ronde, si d’aventure Karlsson devait revenir dans l’Est au cours de la saison à venir… Aussi bien dire que ça n’arrivera pas.

En définitive, on parle d’un choix de 1ere ronde (2019 ou 2020, probablement 2020…la condition, pour que ce soit celui du prochain repêchage, étant que les Sharks ratent les prochaines séries) et un choix de 2e ronde (le plus élevé entre leur propre choix et celui obtenu des Panthers dans l’échange Hoffman). En présumant que Karlsson devrait s’entendre avec sa nouvelle équipe, les Sens ajouteront vraisemblablement un autre choix de 2e ronde (2021) qui pourrait en devenir un de 1ere ronde (2019). Malgré l’ajout de Karlsson, ce ne sera pas une balade dans le parc pour les Sharks. Les Blues, pour ne nommer que ceux-ci, se sont également beaucoup améliorés durant l’été ! 

Le problème, c’est que – présence en Finale ou pas – le(s) choix de 1ere ronde devrait en être un très éloigné… Pendant ce temps, tel que mentionné précédemment, l’Avalanche profitera d’un choix visiblement très élevé. Ajoutons à celui-ci la présence de Kyle Turris, un 2e centre plus complet que Matt Duchene, celle de Shane Bowers, un bon espoir au centre (sans oublier le Hamburglar, mais il s’agissait d’un throw in) en plus d’un choix de 3e ronde, et j’en viens effectivement à estimer que Dorion a payé plus pour son joueur de centre que ceVoir l’article qu’il a obtenu pour son défenseur étoile… En tout cas, en regard de la valeur initialement présumée du joueur en question. Prendre note que je n’ai pas tenu compte du retour complet obtenu par les Av’s, incluant les pièces des Preds, puisqu’on ne peut pas le comparer étant donné qu’il n’y a pas de 3e équipe d’impliquée dans ce récent deal. 

Au moins, on voit que Melnyk ne plaisantait pas lorsqu’il a affirmé que son club serait – disons – assez inexpérimenté. Bref, il ne s’agit pas d’un vilain retour, mais certainement pas ce à quoi on aurait pu s’attendre pour celui que plusieurs voit comme étant le meilleur défenseur – offensif, on s’entend – de la Ligue nationale. D’un autre côté, dans un autre article de The Athletic (ICI), j’ai lu qu’une source avait avancé que la valeur de Karlsson serait plus base que prévue. Entre autres, parce que Dorion s’attendait à recevoir un package pour son joueur, et les équipes prétendantes n’ont pas tendance à voir d’un bon œil l’idée de « décimer leur alignement »…

Cela dit, le marché était probablement excessivement réduit. D’abord, parce que l’équipe qui allait faire son acquisition allait probablement vouloir s’assurer de pouvoir le prolonger (encore une fois, comme Pacioretty). Ensuite, parce que les Senateurs allaient indubitablement tenir à l’expédier loin dans l’Ouest. Ceci afin de s’assurer de croiser le moins souvent possible la route de l’ancien visage de leur concession… Conséquemment, le nombre d’équipes disponibles pour surenchérir allait forcément être réduit…

Si l’explication de Dorion pouvait – à la base – plus ou moins tenir la route, concernant le fait de transiger un joueur de la trempe de Karlsson :

« On ne veut pas avoir les écarts dans nos performances qu’on a vues ces 10 dernières années, quand on accédait aux séries une année, puis on était éliminés l’année suivante. On avait l’impression qu’Erik Karlsson allait seulement être ici pour une autre année. Vient un moment où la meilleure chose, c’est que les parties passent à autre chose. » – Dorion, extrait de « Je n’ai jamais voulu quitter », dit Erik Karlsson dont le départ des Sénateurs apporte peu de réponses via TheAthletic.com

… je me demande quand même s’ils ne vont pas finir par le regretter. Tout dépendra, bien entendu, de la tenue de Tierney et DeMelo, le développement de Balcers et Norris, ainsi que l’identité des joueurs sélectionnés avec les quelques nouveaux choix dont ils disposent. Ça fait beaucoup de « si » en retour d’un joueur élite qui produit de façon on ne peut plus tangible.

Quand même, les Sens ne sont pas forcément à plaindre, puisqu’ils ont la chance de miser sur une jolie banque d’espoirs, parmi lesquels : Tkachuk, Brown, Chlapik, White, Batherson, Formenton, Gustavson, Wolanin, et le toujours jeune Thomas Chabot, auxquels viennent s’ajouter Balcers et Norris. Pas mal !

Donc, même si on trouve que c’est un retour décevant, c’était difficile de faire mieux, comme le dit si bien un recruteur de la LNH :

“Those deals are tough to win or break even. Whether you like Tierney or DeMelo or the other kids, it doesn’t matter. The best single player is Erik Karlsson.”

« Ce genre de transaction est difficile à gagner ou égaliser. Que vous aimiez Tierney ou DeMelo ou les autre jeunes, ça n’importe pas. Le meilleur joueur demeure Erik Karlsson. »

Quand on y pense, c’est vrai que c’est assez rare de voir un DG remporter un tel deal, lorsqu’il en vient à échanger un All-star… Conséquemment, bien que Pacioretty soit loin du niveau de Karlsson, je suis encore plus satisfait par le retour obtenu par Marc Bergevin. Tatar est un joueur établi; on sait ce qu’il peut apporter. Soit il surprendra, soit il rapportera autre chose en étant transigé à nouveau. En ce qui concerne Suzuki, il s’agit d’un prospect de grade A; difficile d’obtenir mieux… le tout, avec un petit choix de 2, qui vient bien agrémenté le tout. Proportionnellement, je pense donc que Montréal s’en est mieux sorti que leurs rivaux d’Ottawa. Évidemment, encore une fois, seul le temps nous le dira !

Tout de même… quand je compare les récents mouvements de Bergevin à ceux de Dorion (Duchene, Brassard, les dossiers de Stone et Ceci, les transactions de Mike Hoffman et Erik Karlsson), je vous laisse deviner lequel je préfère… Cela dit, je pense que si Bergevin devait composer avec un propriétaire comme Melnyk; son travail en pâtirait aussi ! Bref, si les deux dossiers ont été drôlement menés, je crois que Bergevin s’en est mieux sorti. En tout cas, on sait maintenant pourquoi ce dernier refuse d’utiliser le terme reconstruction : 


En Prolongation :


Crédit image entête, compte Twitter de TSN

 

Tom L.D. MacAingeal
 

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