L’envers du décor d’une reconstruction

Bon nombre de gens préconisent – avec raison – la reconstruction d’une équipe comme le moyen privilégié pour se retrouver une formation aspirante à la Coupe Stanley…. Oui, il y a eu plusieurs équipes qui, par le passé, sont parvenues à leurs fins en utilisant cette recette. Les meilleurs exemples de l’ère moderne sont, sans doute, les Penguins et les Blackhawks. Ces 2 équipes ont longtemps flirté avec le bas du classement pour mieux repêcher à l’aide de meilleurs choix.

Par exemple, à Pittsburgh, c’est ainsi qu’on a mis la main sur les joueurs suivants : Crosby, Malkin, Fleury et Jordan Staal. Mais, à travers tout ça, on ne doit pas oublier qu’ils ont  également repêché Ryan Whitney, avec le 5e choix au total, en 2002. Pour faire cela, ils sont partis de 9e au classement général à 26e l’année suivante (2001-02), ce qui a permis de repêcher Whitney.


Un an plus tard, en 2002-03, ils ont poursuivi leur dégringolade, en terminant la saison au 29e et avant-dernier rang, pour avoir la chance de réclamer Fleury. Ce dernier aurait pu brûler sa carrière, en jouant 22 matchs dès la campagne suivante avec l’équipe alors toujours moribonde qu’était les Penguins. Le Sorelois a terminé sa première année dans la grande ligue avec une ronflante moyenne de 3.64 buts et un très faible pourcentage d’arrêts de .896. Ce qui aurait, selon moi, très bien pu mal se terminer. Un peu comme avec Jocelyn Thibault qui a fait son entrée, à mon avis, trop jeune dans la LNH, à 18 ans, en subissant revers par-dessus revers avec les Nordiques. En ce qui me concerne, ça l’a probablement empêché (le fait d’arriver trop tôt dans la Ligue nationale) d’avoir le genre de carrière qui semblait pourtant lui être destiné…

Ensuite, en 2004, les Manchots ont terminé 30e, un point seulement devant les Hawks et les Capitals. Le tout, sans oublier un désastreux différentiel des buts pour/buts contre de MOINS 113. Je pourrais continuer longtemps à vous décrire les années de la médiocrité des Penguins. Période qui aura tout de même duré 4 saisons, plus l’année du lock-out, qui se solda avec les Pens remportant le boulier, et ainsi, la convoitée lotterie-Crosby. Qui sait où seraient aujourd’hui les Penguins, sans Crosby ? Hum… 

Getty Images via Hockey le Magazine

Pour Chicago, l’enfer a débuté en 2003-2004, avec l’avant-dernière place. Ce qui a ultimement donné la sélection de… OH, OH, arrêtez tout : Cam Barker ! OK, il a joué 310 matchs… mais, le tout, sans jamais rien casser en défensive. Par contre, l’année précédente, ayant fini 17e, ils ont repêché, au 14e rang, un certain Brent Seabrook… suivi de Corey Crawford, au 52e rang. Remontons d’une autre année encore; avec le 54e choix au total, ils ont fait un choix qui est, encore aujourd’hui, des plus bénéfiques pour l’équipe : Duncan Keith

Ensuite, en 2005-2006, ils ont terminé 28e, repêchant ainsi Toews avec le 3e choix au total. Mais, entre les deux années, il y a eu la fameuse loterie, se soldant avec un droit de parole au 7e rang pour Chicago. Avec ce choix, ils ont repêché, OH, OH, oups… je n’ai absolument aucune idée c’est qui, ils ont appelé Jack Skille sur l’estrade. Celui-ci aura tout de même eu le temps de disputer 368 matchs en LNH avec un gros 84 points…

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Toujours est-il que, après la sélection de Jonathan Toews, s’ensuivi une autre année de misère… qui se solda par une pêche miraculeuse, avec l’obtention de Patrick Kane. Suite à quoi, en 2007-08, alors qu’ils repêchaient au 11e échelon, ils ont déniché un gars qui n’a jamais disputé un match dans la LNH, en Kyle Beach….

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Ainsi, tout comme ce fut le cas pour les Pens, le supplice du sous-sol du classement a également duré 4 ans pour les Hawks. Ceci, toujours sans compter l’année de grève. On parle donc d’une période de 5 repêchages, pour eux aussi. Dans les faits, ces repêchages, via les hauts choix effectués en première ronde, leurs ont donné Barker, Skill, Toews, Kane et Beach. On parle donc de 2 bons choix sur 5. Les autres bons choix étant fait sur des choix plus éloignés (2e ronde et plus)…

C’est pourquoi des villes comme Edmonton et Caroline, après s’être affrontées lors de la Finale 2006, se sont résolues à rebâtir. Cela dit, malgré la chance inouïe qu’avait les Oilers de pratiquement toujours repêcher 1er, mais avec un développement faisant partie des plus médiocres, les résultats n’ont jamais suivi. Tout comme les Canes, les Huiles croupissaient dans les bas-fonds du classement, année après année.



À Edmonton, la lumière qui est venue éclairer le bout du tunnel est l’arrivée de Connor Macdavid. McJesus est, comme Crosby, Patrick Kane, Matthews, Laine et cie. un joueur générationnel. Ce qui signifie qu’il dominera la ligue comme s’il était trop fort pour le calibre de celle-ci….

Par contre est-ce garant pour le futur à long terme de toutes ces équipes qui font le choix de croupir dans la cave pour mieux rebâtir ?

Pas nécessairement, puisque dans la nouvelle LNH, les jeunes veulent être payés à leur juste valeur, comme l’ont été Sid et Patrick Kane, par exemple. Plus récemment, on pourrait souligner les exemples de Macdavid (12.5M par année) et Draisaitl (8.5M). À eux deux, ils hypothèquent une bonne partie du plafond salarial (26.4% en 2018-19), et comme le noyau d’une équipe n’est généralement pas constitué de seulement 2 joueurs, ça laisse nettement moins d’argent pour le reste de l’équipe. Rapidement, nous pouvons penser aux 2 contrats, à 10.5M chacun, de Kane et Toews, pour constater combien le fait d’allouer trop d’argent à deux joueurs peut être néfaste pour l’équipe. En effet, depuis que ces deux contrats-là sont entrés en fonction à Chicago, Bowman doit faire du macramé pour composer avec le reste de son équipe, et ce, année après année… Parce que les jeunes joueurs, à leurs tours, désirent la totale. Ce qui force souvent Bowman à s’en départir…. En pareilles situations, tôt ou tard, le noyau vieillit et ne suffit plus.

Les prochains qui rencontreront des problèmes avec le plafond salarial seront les Jets – on pourrait même dire que c’est déjà commencé, puisqu’ils ont dû céder Joel Armia, uniquement pour se départir de la dernière année attachée au contrat de Steve Mason – qui, ont fait seulement 2 apparitions en séries en 7 ans. Tout en ayant fait de bonnes transactions et de bonnes signatures, ainsi que d’excellents repêchages, jumelé à un programme de développement de qualité.

Toujours est-il que voici les choix faits en 1ere ronde, après quelques années dans la cave :  Scheifele (7e en 2011), Trouba (9e en 2012), Morrissey (13e en 2013), Ehlers (9e en 2014), Connor (17e en 2015… + Jack Roslovic, 25e) et Laine (2e en 2016… + Logan Stanley, 18e) mais également Helleybuck en 5e ronde (130e choix total de 2012 et 13e (!) gardien sélectionné durant l’encan de 2012).  Alors, une fois que tout ce beau monde rendus dans la LNH, et malgré que certains d’entre eux aient accepté des contrats qu’on pourrait qualifier « d’aubaines » (par exemple : Scheifele a 6 125 000 x 8 ans signé en 2016, soit une somme nettement plus abordable que les 8.5M de Draisaitl, ou même Jack Eichel et son 10M par saison), il faudra bientôt composer avec quelques contraintes supplémentaires. Car, en plus de la prolongation récente de Blake Wheeler (8.25M par campagne, à partir de 2019-20), il y a aussi Patrik Laine qui est éligible à une prolongation de contrat. Avec l’impact qu’il a eu sur cette équipe, un contrat à la Tavares (11M x 8 ans) serait  envisageable. Le gros ailier devrait demander au moins 10M (comme Eichel), ce sera donc au tour de Cheveldayoff de faire du macramé.

Parce que, même s’il reste actuellement une jolie somme sur la masse de l’équipe, ils ont toujours Morrissey (RFA) à signer. Alors, la situation pour l’an prochain est relativement difficile, puisque Tyler Myers se dirige vers l’autonomie. Et ce n’est pas tout, Copp, Connor, Dano, Trouba, Morrow, Brossoit, Laine (?) et potentiellement Morrissey encore (c’est ce qui arrivera s’ils s’entendent pour une seule saison) seront tous joueurs autonomes avec restriction. Une fois parvenu à ce point, je crois qu’ils devront liquider 1 ou 2 gros salaires, du genre Ehlers, de leurs alignement. Ce faisant, les trios seront beaucoup débalancés. Ceci pourrait grandement affecter l’équipe… Déjà qu’ils ont été incapables de conserver Stastny au centre du 2e trio

À Toronto, on fera face au même problème que les Jets. Après avoir croupi dans les bas-fonds durant 9 ans, tandis qu’on cumulait les mauvais choix et qu’on avait un mauvais système de développement, ils ont enfin réussi a remonter la barque. Mais, y sont-ils vraiment parvenus ? Ou est-ce plutôt l’arrivée d’Auston Matthews qui est venue tout changer ? Matthews étant lui aussi un joueur générationnel, issu du même repêchage que Laine, ils ont tout les deux fait le saut immédiatement en LNH, apportant avec eux un impact immédiat.

Pendant ce temps, les autres choix de ce même encan (même s’ils performent très bien) comme Dubois, Tkatchuk et Keller, sont très loin du niveau des 2 rois du repêchage de 2016. Alors, est-ce que les Leafs seraient aussi bon avec un Keller au lieu d’un Matthews ? Mais bon, tel que mentionné plus haut, les Maple Leafs sont rendus à la croisée des chemins, alors que Nylander (RFA) est toujours sans contrat. Des 13.3M dont ils disposent actuellement sur la masse, combien Nylander viendra-t-il en gruger ? Facteur important à considérer puisque, dès l’été prochain, Matthews, Marner, Kapanen (tous trois RFA), ainsi que Gardiner (UFA) seront tous sans contrat. HUMMMM, que faire alors ? Signer des contrats ponts avec tous les joueurs et espérer  qu’ils gagnent une Coupe Stanley entre temps ?HUM… pas sûr, car on sait que Marner n’a pas l’intention de laisser de l’argent sur la table, tout comme Matthews… Ce dernier pourrait très bien être tenté d’exiger un salaire semblable à son nouveau coéquipier, John Tavares (11M par an). Mais bon, ça, c’est une autre histoire…

Ce qu’il faut se demander, ici, c’est ; est-ce vraiment la reconstruction en tant que telle ou plutôt le facteur chance de mettre la main sur joueur générationnel qui vient faire en sorte que l’équipe sera au top ? Après tout, si on ne parvient pas à remporter la loterie d’un gros repêchage, les résultats sont très hypothétiques pour le futur à long terme de l’équipe…

Observons Buffalo, par exemple… dans les bas-fonds depuis tellement longtemps, ils ont d’abord sélectionné Grigorenko (12e en 2012), par la suite ils ont toujours repêché dans les 8 premiers dont Ristolainen (8e en 2013), Reinhart (2e en 2014), Eichel (2e en 2015), Alexander Nylander (8e en 2016), Mittlestadt (8e en 2017), avant d’enfin remporter la dernière loterie et sélectionner avec Dahlin le tout premier choix du dernier encan… Est-ce enfin Dahlin, un peu comme Matthews à Toronto, qui les sortira du pétrin, après tout ce temps ? Eh oui, le Suédois est un défenseur au talent générationnel ? Était-ce la seule façon de rebâtir l’équipe ou auraient-ils pu, grâce à des échanges avantageux et un bon système de développement en venir à passer par-dessus toutes ces années de misère….. Sans oublier que ce n’est pas fini… à l’heure actuelle, nous ignorons tous s’ils seront des séries le printemps prochain. Y seront-ils, ou même celles d’après ????

Au final, si vous réussissez à remporter la loterie et sélectionnez un joueur générationnel, certes vous aurez de bonnes chances de réussir – OH là, de cette façon vous êtes en bien meilleure posture, c’est certain -… Par contre, ce n’est pas un gage de succès. Ce que j’ai surtout voulu démontrer, c’est que même si vous repêchez loin, tant que vous repêchez et développez (!!) bien, c’est là que ça va payer. Bref, j’essayais de vous montrer l’envers du décors du décor d’une reconstruction. Ce par quoi il faut d’abord passer avant de pouvoir espérer la réussir… si on y parvient. Voilà pourquoi le fameux « RESET » est la meilleure façon, SELON MOI, de construire son équipe.

À suivre dans un autre article…

– Roger Lang



Crédit image entête, NHL.com

Invité Spécial
 

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