Le Cas Brassard

Aujourd’hui, quelques jours après m’être penché sur le cas de Nyquist, j’ai décidé de prendre le temps de m’arrêter sur celui de Derick Brassard… Quand le Québécois a de nouveau changé d’adresse, à la plus récente date limite, j’ai pu constater que plusieurs partisans du Canadien se demandaient pourquoi Marc Bergevin n’avait pas consenti à céder un simple choix de 3e tour pour ajouter le joueur de centre à sa formation.



À mon avis, c’est très simple : Tout simplement parce que Brassard n’aurait rien apporté au Canadien. À 31 ans, le Brassard d’aujourd’hui n’a effectivement plus rien à voir avec celui qui a collé deux campagnes de 60 points avec les Rangers en 2014-15 (60) et 2016-17 (58). Quant à ses 27 buts marqués au cours de sa dernière saison avec les Blueshirts, il s’agissait d’une anomalie. Après tout, outre cette remarquable campagne, depuis qu’il a fait ses débuts dans la grande ligue, le principal intéressé n’a jamais atteint le plateau des 20 filets !

Dans les faits, en plus de ses deux saisons de +/- 60 points, Brassard a cumulé seulement 3 saisons de 45 points ou plus; en 2010-11 (47 points), 2013-14 (45), 2017-18 (46 points)…

Pour revenir au prix payé pour acquérir ses services, il faudrait se demander pourquoi sa valeur a autant chuté en aussi peu de temps. Après tout, durant l’été 2016, Brassard, accompagné d’un choix de 7e ronde en 2018 (Luke Loheit), valait Mika Zibanejad et un choix de 2e ronde (Jonathan Berggren) ! Les Rangers n’ont pas conservé le 2e choix impliqué dans cet échange, l’expédiant plutôt à Détroit en retour du défenseur Brandan Smith.

1 an et demi plus tard, le 23 février 2018, la valeur de Brassard était toujours bonne. Avec deux autres éléments – Vincent Dunn et un choix de 3e ronde 2018 (Justus Annunen), l’attaquant a pris la route de Pittsburgh dans une transaction impliquant une 3e équipe; les Golden Knights. Bref, Pierre Dorion a alors obtenu le gardien Filip Gustavsson, nommé portier par excellence du Championnat mondial junior 2018, le vétéran défenseur Ian Cole, un choix de 1ere ronde 2018 (K’Andre Miller) ainsi qu’un choix de 3e ronde en 2019. Le choix de 1ere ronde (22e) obtenu dans ce deal a par la suite été transigé aux Rangers en retour du choix de 1er ronde (26e) des Bruins (transaction Nash) et de celui de 2e ronde des Devils (transaction Grabner). Avec ces deux nouveaux choix, les Rangers ont mis la main sur les défenseurs Jacob Bernard-Docker et Jonny Tychonik. Enfin, pour parvenir à caser le salaire de leur nouvelle acquisition dans leur masse salariale, les Pens ont conclu un deal avec les Knights afin que ces derniers conservent 40% du cap-hit de Brassard…



À Pittsburgh, on n’a pas mis longtemps avant de s’apercevoir que ce dernier ne cadrait pas vraiment avec l’équipe. Après un échec en séries et un début de saison couci-couça, Jim Rutherford n’a pas caché son intention de se départir de Derick Brassard, à peine quelques mois après son acquisition. Selon les dires du DG, le joueur de centre n’évoluait tout simplement pas dans la bonne chaise.

On ne sait pas qui Rutherford tentait de convaincre, mais les poissons n’ont pas mordu à l’hameçon. Toujours est-il que le 1er février dernier, dans l’optique d’alléger leur masse salariale pour la prochaine campagne, les Panthers ont accepté de débarrasser les Penguins de l’attaquant. Peut-être que Dale Tallon nourrissait également le maigre espoir de voir Brassard obtenir un second souffle en Floride, mais ça n’a pas été très concluant. De sorte que, environ 3 semaines plus tard, profitant de la date limite des transactions pour passer à l’action, le DG des Panthers a envoyé Brassard dans les montagnes du Colorado en retour d’une vulgaire sélection de 3e tour en 2020. Bon, la Floride obtiendra également un choix de 6e ronde, toujours en 2020, advenant que Brassard prolonge son séjour avec les Av’s. Pour que le tout se concrétise, il devra certainement accepter une importante baisse de salaire, lui qui écoule actuellement un contrat de 5 ans à hauteur de 5M par année.

Ainsi, la valeur de Brassard est passée de Zibanejad et un choix de 2e ronde à un choix de 3e ronde et peut-être un choix de 6e ronde… Le tout, en l’espace d’un peu moins de 3 ans. Comme je le mentionne un peu plus haut, ce n’est pas pour rien ! Qu’importe ce qu’a voulu nous faire croire Rutherford, Derick Brassard est aujourd’hui un joueur de 3e trio.

Pas de mal à ça, ça en prend des bons pour connaître du succès ! Cependant, le Canadien n’avait pas de place pour lui, ni sur sa 3e ligne, ni ailleurs. Déjà en partant, Danault et Kotkaniemi sont actuellement indélogeables du centre. À moins, bien sûr, d’avoir mis la main sur un joueur d’impact. Ce que n’est indéniablement pas Brassard. En ce qui concerne Domi, à tout juste 24 ans (depuis le 2 mars), il offre un rendement nettement supérieur à celui que pourrait offrir Brassard. Après 66 matchs, il lui manque 1 seul point pour égaler la meilleure campagne en carrière de ce dernier. Quant à l’idée de le faire jouer aux ailes, le constat demeure le même… Brassard n’avait pas ce qu’il fallait pour prendre la place d’un ailier du Top-9 du Tricolore. Avec Drouin, Shaw, Tatar et Gallagher sur le Top-6, je préfère encore avoir Byron et Armia sur le 3e trio. Pour ce qui de la 4e ligne, je pense que nous sommes probablement (presque) tous d’accord pour dire que ce n’est pas la place d’un tel joueur.



Pour terminer, un autre indice qui démontre que Brassard n’a plus rien de celui des beaux jours; malgré le criant besoin de profondeur de sa nouvelle équipe, il est réduit à jouer environ 14 minutes par match (14:21). C’est pratiquement 1 minute de moins que ce qu’il avait avec les Panthers (15:17)…

Par contre, je dois lui donner que, historiquement parlant, il a tendance à plutôt bien se débrouiller en séries. Mais Drouin et Shaw aussi… Parions également que Max Domi risque d’être affamé, s’il a enfin la chance de connaître son baptême du feu ! Parce qu’il faudra d’abord et avant tout prendre les moyens de s’y qualifier. Chose qui risque d’être difficile si on se fie aux deux ou trois dernières semaines. Et, à ce compte-là, je ne vois pas ce que Derick Brassard aurait pu apporter pour aider le Canadien à y parvenir. Tant qu’à le faire moisir dans les gradins en compagnie de Jordan Weal et cie, aussi bien ne tout simplement pas l’acquérir.


En Prolongation
Après avoir été limité à 1 maigre but et 3 aides durant son court passage de 10 matchs avec les Panthers, Brassard a trouvé le moyen d’enfiler 2 fois l’aiguille en seulement 4 matchs avec l’Avalanche. Cela dit, en 54 rencontres depuis le début de la saison, il revendique 12 buts et 21 points. En 41 matchs avec le Canadien, Joel Armia – en partie grâce à son récent tour du chapeau contre les Rangers – cumule 10 buts et 17 points. Si on transpose ces productions sur un calendrier complet de 82 matchs, le gros ailier du Tricolore dispose d’un léger avantage sur le futur joueur autonome qui en a fait rêver quelques-uns :

Brassard, moyenne de 18 buts et 32 points
Armia, moyenne de 20 buts et 34 points

De plus, je considère que Joel Armia est bien plus complet, défensivement parlant. En ce sens, je maintiens que l’acquisition de Derick Brassard n’aurait rien apporté à l’équipe. Au mieux, si un joueur devait se blesser (par exemple, Byron ou Shaw), il aurait pu faire office d’option tout à fait décente pour le remplacer.

Si Brassard termine la saison en force avec l’Avalanche, tant mieux pour lui. Mais je ne crois pas qu’il aurait été un bon fit à Montréal.




Crédit image entête, Michael Martin/NHLI via Getty Images

Tom L.D. MacAingeal
 

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